Don de lait maternel et prématurité, le témoignage d'Emmanuelle

Emmanuelle, 32 ans, est la maman de Mathilda, née très grande prématurée à 26 + 3 sa l’année dernière. Tire allaitante durant les trois premiers mois, elle a ensuite pu mettre en place l’allaitement exclusif en unité kangourou avec dal et tasse en complément. Emmanuelle a pu donner son lait à sa fille en service de néonatalogie et en a profité pour donner le surplus au lactarium. À la fois maman receveuse et donneuse, elle partage son aventure lactée pour diffuser au maximum le don de lait, encore parfois méconnu.

DANS QUEL ÉTAT D'ESPRIT ÉTAIS-TU ENCEINTE ? AVAIS-TU DÉJÀ ENVIE D'ALLAITER ?

J’avais envie d’allaiter, je me documentais beaucoup. J’avais acheté et commencé à lire “L’art de l’allaitement maternel”. Je ne me voyais pas donner du lait en poudre, préparer des biberons… J’étais déjà sur le groupe de la Leche League mais j’y allais doucement. J’avais le temps… enfin je pensais l’avoir !

COMMENT S'EST PASSÉ LE DÉBUT DE TON ALLAITEMENT ?

Difficile et très différent de ce que j’imaginais, c’est certain : tire-lait pendant 12 semaines, un bébé très grand prématuré, puis une mise au sein douloureuse et compliquée (bouts de sein conseillés par la néonatalogie mais j’ai refusé), un biberon donné le jour de Noël par une puéricultrice sans notre accord… [Cette dernière sera d’ailleurs convoquée par sa hiérarchie, avec interdiction de s’occuper de notre fille et de nous parler. Ça a été très choquant pour moi.] Ce fut ensuite l’arrivée en unité kangourou pour la mise en place de l’allaitement et la sortie. Je ressentais des douleurs atroces car Mathilda claquait la langue pendant la tétée, ce qui me provoquait aussi des hématomes aux mamelons. J’ai demandé à rencontrer la consultante en lactation IBLC de la maternité qui a confirmé les freins de langue et de lèvre et m’a préconisée des bouts de sein en guise de rééducation de la bouche. Tout cela a bien fonctionné pour nous. S’en sont suivis une freinotomie en mars, une grève de la tétée, le refus de la tasse (mais aussi du dal et de la seringue). Nous sommes alors passé au biberon de lait maternel, puis au biberon et bouts de sein, puis biberon et sein maternel… pour arriver de nouveau au sein à 100%. Mathilda a maintenant débuté la diversification et est toujours allaitée. Elle est nourrie au biberon en mon absence et n’a pas fait de confusion sein-tétine pour le moment (mais je suis consciente que c’est une possibilité). J’espère que l’aventure durera encore, maintenant que tout est plus facile.

COMMENT AS-TU CONNU LES LACTARIUMS ET LE DON DE LAIT MATERNEL ?

Tout de suite après mon accouchement, au Chu d’Amiens (je vis dans l’Oise). J’ai été très bien informée et suivie par les consultantes du lactarium qui m’ont d’abord guidée sur comment exprimer le lait correctement puis m’ont proposée très rapidement le don : la quantité tirée est astronomique par rapport aux besoins journaliers d’un nourrisson prématuré. Et moi, j’avais en plus une hyperlactation ! Le CHU d’Amiens communique beaucoup sur le don de lait dans son enceinte : il y a des affiches un peu partout (hall, ascenseurs), et pas que dans la partie maternité.

QU'EST-CE-QUI T'A DONNÉ ENVIE DE DONNER TON LAIT ? T'ES-TU CONCERTÉE AVEC LE PAPA ?

Je souhaitais aider d’autres bébés prématurés, ma fille ayant bénéficié elle-même du don de lait les premiers jours de sa vie. En néonatologie, on ne donne pas le lait de la mère tout de suite, mais un lait maternel humain pasteurisé et contrôlé scrupuleusement par le lactarium. Ça permet de nourrir bébé le temps d’avoir les résultats des examens réalisés par la maman du nouveau-né prématuré (pour s’assurer que son lait est sain et que le don est possible). D’autres tests sont faits par la suite sur le lait de la maman donneuse pour vérifier qu’il n’y a pas de germe présent, par exemple. Le don n’est pas acquis ! Dans mes souvenirs, j’ai pris cette décision seule : c’était une évidence ! J’en ai parlé au papa, mais ma décision était en fait déjà arrêtée !

COMMENT S'EST PASSÉE LA PRISE DE CONTACT ?

La prise de contact a été super. Étant maman d’une petite fille grande prématurée, il n’y a pas vraiment eu de sélection, hormis les tests médicaux. Et vu la quantité de lait que j’avais, j’étais quasiment “fournisseur officiel”.

COMMENT SE PASSE LE DON CONCRÈTEMENT ?

Mon cas est particulier. Comme j’étais sur place, il n’y avait pas de collecte de lait. Mon stock était récupéré directement par le lactarium en lien avec le service de néonatologie. Si le service était surchargé, je déposais mon lait avant d’aller voir ma fille. Sinon, je le confiais en néonat qui le transférait au lactarium.

AS-TU MIS EN PLACE UNE ROUTINE ?

Je faisais un tirage toutes les 2 heures, puis toutes les 3/4 heures. Mais c’était surtout pour maintenir ma lactation en plus des dons. Ma routine concernait plutôt le protocole de lavage et de stérilisation du matériel. J’avais trouvé des kits de téterelles pour ne pas avoir à tout nettoyer à chaque tirage. Je lavais tout d’un coup et j’en avais toujours un stock de propres d’avance, ce qui est très pratique, surtout la nuit !

ES-CE CONTRAIGNANT ?

Un peu, pour le côté lavage et stérilisation. Mais c’est tellement gratifiant !

EN AS-TU PARLÉ À TES PROCHES ? QU'EN ONT-ILS PENSÉ ?

Oui, et ils étaient à la fois intrigués et admiratifs pour certains, gênés pour d’autres. Malheureusement, l’allaitement est déjà tabou, alors tirer son lait pour le donner… J’ai même entendu “comme une vache à la traite”. Aujourd’hui j’en ris quand je tire mon lait au travail pour ma fille.

QUELLE ÉMOTION OU SOUVENIR GARDES-TU DE CETTE EXPÉRIENCE ?

C’était toujours un plaisir pour moi de tirer mon lait et de donner toujours plus, encore et encore. C’était une sorte de challenge contre ce corps qui n’avait pas pu tenir ma puce au chaud. Mon meilleur souvenir, c’est la rencontre avec une mamans qui n’avait pas encore eu sa montée de lait. Elle m’a vu déposer mon lait pour la néonatologie (une partie pour ma puce et le surplus en don). Elle m’a remerciée pour sa propre fille qui était en réanimation à ce moment là et avait eu besoin de lait maternel du lactarium.

AS-TU DES CONSEILS OU DES ASTUCES POUR UNE MAMAN QUI ALLAITE ET SOUHAITE DEVENIR DONNEUSE ?

Mon conseil est de bien s’organiser pour les tirages, notamment pour les kits de téterelles qui doivent toujours être propres, de les laver quand on est en forme pour que tout soit opérationnel au moment de tirer le lait. On trouve des  lots en vente sur les sites d’occasion à des prix raisonnables et en très bon état. Il suffit de bien les laver, de les stériliser et c’est parti ! Je pense aussi que le don ne doit pas être une contrainte mais une volonté de donner et d’aider.

LE MOT DE LA FIN !

Juste un mot à toutes les femmes qui allaitent, pour tous les bébés prématurés qui naissent tous les jours en France et dans le monde : si vous avez trop de lait, pensez à eux ! Votre don est si précieux. Merci aux mamans qui ont donné et donneront encore. Merci pour ma fille !

Vous êtes une maman donneuse ou votre bébé est né prématurément et a bénéficié d'un don de colostrum les premières semaines ? Vous souhaitez partager votre expérience lactée et participer à promouvoir l'allaitement maternel ? N'hésitez pas à nous contacter par mail !

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