Laetitia raconte ses deux allaitements prolongés

Laetitia, 35 ans, est mariée depuis 10 ans et maman de deux petites filles de 4 et 8 ans, respectivement allaitées 32 mois et 4 ans. Elle est aussi photographe lifestyle de grossesse, naissance et famille.
Si nourrir au sein son futur bébé lui tenait à cœur, Lætitia ne pensait pas connaître l’allaitement prolongé pour ses deux filles. Elle nous partage son expérience, les difficultés qu’elle a pu rencontrer, la reprise du travail, et nous livre ses conseils bienveillants.

DANS QUEL ÉTAT D'ESPRIT ÉTAIS-TU ENCEINTE ? AVAIS-TU DÉJÀ ENVIE D'ALLAITER ?

J’ai toujours eu envie d’allaiter, c’était quelque chose de très important pour moi. Je ne m’imaginais pas ne pas allaiter mon bébé. Si je n’avais pas pu (ou si mon allaitement s’était arrêté prématurément), je pense que je l’aurais très mal vécu. Enceinte, je me suis donc préparée ! J’ai lu un peu sur le sujet sur Internet. Ma sage-femme libérale a fait un cours sur l’allaitement lors des séances de préparation à la naissance. C’était peu mais elle m’a tout de même donné des clés, une ligne directrice à laquelle j’ai pu me raccrocher les premiers jours. Elle connaissait la maternité où j’allais accoucher, et savait que ça ne serait pas forcément simple…
Par contre, je n’imaginais pas allaiter aussi longtemps. Je ne pensais pas allaiter un jour un enfant qui marche, ou avec des dents ! Même si j’étais totalement favorable à l’allaitement, je n’étais pas tout à fait à l’aise, à l’époque, avec l’idée d’allaiter un bambin.

LA 1ÈRE TÉTÉE, C'ÉTAIT COMMENT ?

J’ai pu faire la première tétée quelques dizaines de minutes après l’accouchement, seule avec mon mari et mon nourrisson dans la salle de naissance.
Pour mon aînée, j’ai tâtonné un peu. J’essayais d’appliquer ce que j’avais appris pendant ma grossesse. Je me demandais si je faisais comme il fallait. J’étais seule, donc difficile de savoir ! Au final, fatiguée par sa naissance, ma fille a tété et s’est endormie sur moi. Nous étions sur un petit nuage !
Pour ma seconde, j’avais un peu d’expérience. Fini les hésitations ! Et comme elle tétait comme une chef, j’ai tout de suite senti la différence. Mon aîné n’avait pas une tétée très efficace et s’endormait très vite sur le sein.

PENSAIS-TU ALLAITER AUSSI LONGTEMPS ?

Pas du tout ! Pour mon aînée, je m’étais fixée un objectif de 6 mois. Mais, une fois les 6 mois d’allaitement passés, et voyant que ça fonctionnait bien, j’ai décidé de continuer jusqu’à la fin de mon congé parental, soit ses 8 mois. Puis à 8 mois, n’ayant toujours pas envie d’arrêter, j’ai repoussé en me disant que j’irais jusqu’à ses 1 an. Et à 1 an… Je ne voyais pas de raison de la sevrer et j’ai arrêté de fixer une date. Notre aventure lactée s’arrêterait quand elle s’arrêterait !
Pour ma seconde fille, je savais, dès sa naissance, que nous commencions un allaitement exclusif non écourté.

LES DENTS, ÇA FAIT MAL ?

Pas du tout ! Si le bébé mord, oui, ça fait mal bien sûr ! Et il faut y remédier… Mais quand notre enfant tète, il enroule sa langue autour du téton et place ses lèvres en bec de canard sur le sein. On ne sent pas les dents !

COMMENT AS-TU GÉRÉ LA REPRISE DU TRAVAIL ?

Pour mon aînée, j’ai retravaillé à ses 8 mois. J’avais pris un petit congé parental pour rester le plus longtemps possible avec elle et installer au mieux mon allaitement. Elle a été allaitée exclusivement. Le premier jour d’adaptation, elle n’a pas voulu prendre le biberon de lait tiré avec l’assistante maternelle. J’y suis retournée et je lui ai donné moi-même. Puis je n’ai plus jamais eu à le faire. Elle prenait le biberon avec sa nounou et le sein à volonté avec moi.
À l’époque, je travaillais dans une grosse entreprise. J’ai tiré mon lait au travail une fois par jour pendant 9 mois, mais les conditions étaient compliquées. Ma supérieure de l’époque n’était pas du tout pro-allaitement, et je savais que je n’obtiendrais aucun aménagement particulier. Je n’avais donc pas de temps dédié ni de salle adaptée. Je tirais mon lait sur ma pause déjeuner, dans les toilettes d’un étage inoccupé (elles étaient désertes et plus propres que les autres) et je lavais mon matériel au lavabo. Je stockais mon lait jusqu’au soir dans un sac plastique dans le frigo commun, où mes collègues rangeaient leur déjeuner. J’ai eu droit à certains regards de travers (surtout masculins) quand je partais tous les midis avec mon sac mystérieux (contenant le tire lait). Mes collègues devaient se demander ce que je faisais ! Mais personne n’a jamais osé me poser la question.
Pour ma seconde, j’ai pris un congé parental jusqu’à ses 3 ans, ce qui m’a permis de continuer à l’allaiter à volonté sans avoir à gérer la reprise du travail.

L'ALLAITEMENT LA NUIT : CA SE PASSE COMMENT ?

Pour moi, c’est super ! Mes enfants ont dormi à côté de moi (pas dans notre lit) durant les 8 premiers mois environ. Il me suffisait de les attraper sans me lever et de les mettre au sein allongée dès que j’entendais des signes d’éveil. Mes filles tétaient, se rendormaient, je les reposais dans leur lit : le bonheur ! J’ai un très bon souvenir de ces moments rien qu’à nous, au milieu de la nuit.
Vers 8 mois, en revanche, elles tétaient toutes les deux encore beaucoup la nuit, et j’avais accumulé beaucoup de fatigue, surtout avec la reprise du travail pour mon aînée… J’ai donc décidé de progressivement les rendormir sans le sein lors des réveils nocturnes et c’était vraiment difficile. Pendant plusieurs semaines, j’ai passé des heures au beau milieu de la nuit à les bercer, à les caresser et à chanter pour les endormir avec ma seule présence, sans le sein. Heureusement avec un peu de patience, ça a marché !

AS-TU RENCONTRÉ DES DIFFICULTÉS AU COURS DE TON ALLAITEMENT ? COMMENT LES AS-TU RÉSOLUES ?

Oui, pour mon aînée, ça a été une prise de poids modeste. Cela m’a valu des pressions incroyables à la maternité pour que je complémente au biberon avec du lait infantile. Alors que tout allait bien pour le pédiatre à la visite de sortie ! J’ai tenu bon grâce à ce que m’avait appris ma sage-femme. J’étais confiante et je savais qu’allaiter était ce que je pouvais offrir de mieux à ma fille, que ça allait fonctionner.
Lors des visites de suivi à la PMI, de nouveau, sa courbe de poids s’est avérée au ras des pâquerettes (mais malgré tout dans la norme ! et elle l’est toujours aujourd’hui), ce qui a questionné les infirmières. J’ai fini par douter de mon allaitement et j’ai appelé une animatrice de La Leche League. Elle m’a aidée à traverser cette période. Elle a su me guider et me rassurer. Avec des conseils simples, elle m’a redonnée confiance.

Pour ma seconde, ce fut le problème inverse ! C’était un bébé très goulu, avec une très bonne prise de poids et une succion très (trop) efficace qui m’a provoqué un Réflexe d’Éjection Fort, rendant les tétées difficiles. Elle se cambrait au sein, le lâchait et le reprenait, pleurait… Ce fut très difficile à gérer pendant quelques mois. J’ai cherché des informations sur la conduite à tenir en cas de REF. Pour nous, ce qui a fonctionné c’était de faire toutes les tétées allongées, ce qui était parfois difficile quand nous n’étions pas à la maison.

AS-TU EU DES REMARQUES DÉSAGRÉABLES SUR TON ALLAITEMENT LONG ? COMMENT AS-TU GÉRÉ ?

Oui, j’ai subi des réflexions comme : « c’est surtout à la maman que ça fait plaisir », « mais elle tète encore ? tu devrait peut-être penser à arrêter ! », « elle n’est pas un peu grande pour téter ? »
En général, je répondais : « Ne t’inquiètes pas, à ses 18 ans on arrête, promis ! », et je citais les recommandations de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). Parfois, je ne répondais pas du tout. C’était selon mon humeur…

ET LE PAPA DANS TOUT ÇA ?

Il m’a toujours soutenue. Il est convaincu que l’allaitement est naturel et ce qu’il y a de meilleur pour nos enfants. Pour lui, c’était aussi bien pratique : il n’avait pas à se lever la nuit ! Vers la fin de l’allaitement de ma seconde fille, il lui arrivait parfois de me dire qu’il serait peut-être temps qu’elle arrête. Mais il n’a jamais mis de pression.

COMMENT AS-TU VÉCU LA FIN DE TON AVENTURE LACTÉE ?

Mon aînée a commencé à sauter des tétées vers 2 ans et demi : elle s’intéressait à plein de choses et avait mieux à faire. Vers 32 mois, elle a simplement arrêté de demander à téter. Ça a coïncidé avec le moment où je suis tombée enceinte de sa petite sœur. Je ne sais pas si c’était lié.
Le sevrage naturel de ma seconde est arrivé plus tard. Je ne saurais même pas dire quand, tellement il a été progressif. Vers ses 4 ans, la dernière tétée régulière que nous avions le soir a disparu. C’était les vacances, le rythme était perturbé. Elle a continué à demander à téter de temps en temps, puis de moins en moins. La fin de nos allaitements a été douce et progressive, pour elles comme pour moi.

AS-TU DES CONSEILS OU DES ASTUCES À PARTAGER POUR LES MAMANS QUI AIMERAIENT VIVRE UN ALLAITEMENT PROLONGÉ ?

Mon premier conseil serait de bien se documenter pendant sa grossesse. Les professionnels de santé, en grande majorité, ne sont absolument pas formés à l’allaitement, et encore moins à l’allaitement non écourté. Il faut être bien informée et déterminée pour surmonter les difficultés et les pressions que vous pourrez subir les premiers mois, puis dans la durée. Le site de La Lèche League regorge d’informations.
Entourez-vous de personnes bienveillantes envers l’allaitement : si votre pédiatre vous dit qu’il faut donner le sein à heure fixe, espacer ou limiter le nombre de tétées de votre bébé, passer aux biberons à 4 mois, ou encore que sa seule réponse à vos problèmes d’allaitement est le lait en poudre, fuyez ! Si votre belle-mère, votre tante, votre « copine » vous dit qu’il faudrait arrêter, n’écoutez pas.
Et enfin n’hésitez pas à rechercher une aide compétente si besoin : consultante en lactation IBLC, animatrice LLL, ou même une amie qui a l’expérience d’un allaitement long !

LE MOT DE LA FIN !

L’allaitement non écourté est la norme biologique de notre espèce. Malheureusement, depuis quelques décennies, ce n’est plus la norme sociétale et il y a beaucoup de préjugés. En partageant notre expérience, en ne nous cachant pas et en nous entraidant, j’espère que nous pourrons ranimer la transmission et normaliser l’allaitement non écourté.
L’allaitement maternel est vraiment un lien unique avec son bébé. Je l’ai vécu comme un prolongement de la grossesse. Ne pas l’écourter, c’est possible, ce n’est pas anormal. C’est juste aller au bout de cette expérience. Et je suis heureuse de l’avoir vécue à fond.

Si vous souhaitez vous aussi partager votre expérience d'allaitement prolongé (ou tout autre aventure lactée) et participer à normaliser l'allaitement, n'hésitez pas à nous contacter par mail !

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