Tout savoir sur les violences obstétricales et gynécologiques

Violences obstétricales et gynécologiques : le guide
Table des matières

Préambule

Pourquoi un article sur les violences obstétricales et gynécologiques (VOG) ?

Toutes les femmes ne subissent pas des VOG, ou violences obstétricales et gynécologiques, (et heureusement !). L’idée avec cet article n’est pas de faire peur aux futures mamans, mais de proposer des pistes de réflexion, des ressources pratiques et des outils utiles pour repérer les VOG et savoir comment réagir. Parfois, il faut plusieurs années avant que ne soit conscientisé le fait que nous ayons pu être victime de violences obstétricales et gynécologiques au cours de notre vie de femme. 

Les 3 principes essentiels

  • S’informer permet de briser les préjugés, les stéréotypes et les fausses croyances autour de la naissance et du corps féminin.
  • Vous avez des droits fondamentaux, dont celui de dire non ou stop !
  • Aucune femme (même bien informée) n’est responsable des violences qu’elle subit.

Des outils pour s'informer

Un petit guide juridique à télécharger pour connaître vos droits pendant le suivi de grossesse et l’accouchement : Accouchement : mes droits, mes choix (Fondation de la Femme)
Un outil pour comparer les maternités (taux de césariennes, d’épisiotomies…) près de chez vous sur le site Le Monde

Les violences obstétricales et gynécologiques, c'est quoi ?

Définitions

Les violences gynécologiques et obstétricales sont les comportements, actes, paroles, ou omissions commis par le personnel de santé, qui ne sont pas justifiés médicalement ou sont accomplis sans le consentement libre et éclairé d'une femme enceinte, d'une parturiente ou d'une jeune mère. (Source : Wikipédia)

Il s'agit d'actes non appropriés ou non consentis, tels que des épisiotomies et des touchers vaginaux pratiqués sans consentement, l'utilisation de l'expression abdominale ou la non-utilisation de l'anesthésie pour des interventions douloureuses. (Rapport sur les violences obstétricales et gynécologiques du 16 septembre 2019)

Quelques données chiffrées

  • 1 accouchement sur 5 donne lieu à une épisiotomie.
  • 1 femme sur 2 estime qu’elle n’a pas/pas assez reçu d’ explication avant de subir une épisiotomie.
  • Le taux d’épisiotomie varie d’une maternité à l’autre : de 0,3% à 45%.
  • 1 femme sur 5 accouche par césarienne.
  • 6% des femmes ne sont pas satisfaites du suivi de leur grossesse ou de leur accouchement

Selon une enquête menée en Belgique par la Plateforme pour une naissance respectée en 2021 :

  • 1 femme sur 5 a été victime de violences gynécologiques et obstétricales.
  • 6% ont vécu de la violence verbale.
  • Presque 3% ont subi une violence physique…
Extrait du roman graphique de Rachel Lev sur les violences obstétricales : Mon vagin, mon gynéco et moi

Extrait de la BD de Rachel Lev : Mon vagin, mon gynéco et moi (En finir avec les violences gynécologiques et obstétricales)

Pourquoi ces violences ?

Les violences obstétricales et gynécologiques sont avant tout systémiques. Elles existent car notre système actuel est défaillant : des soignants surmenés et en nombre insuffisant, des hôpitaux avec des moyens insuffisants mais gérés comme des entreprises voulues toujours plus rentables au détriment des patient.es, une surmédicalisation de l’accouchement… Reconnaître, refuser, dénoncer ces violences est essentiel. Modifier l’approche économique, politique, social de l’accouchement, de la maternité et du corps de la femme l’est tout autant !

"La base du dysfonctionnement est que la pratique médicale est fondée sur la peur des risques liés à l'accouchement et non sur la confiance inconditionnelle de la capacité des femmes et des bébés dans la mise au monde."

Quelques exemples de violences gynécologiques et obstétricales

Parfois physique, parfois psychologique, la violence gynécologique et obstétricale peut se traduire de différentes façons : un acte exercé sans le consentement de la patiente, ou encore qui ne se justifie pas médicalement, une attitude brusque ou méprisante, une remarque dégradante ou infantilisante, des ordres ou directives contradictoires au sein du personnel soignant… En voici quelques exemples :

Le non suivi des recommandations de bonne pratique médicale

  • L’expression abdominale (le médecin appuie sur le ventre de la maman au moment de l’expulsion du bébé), une pratique interdite depuis 2007 par la HAS (Haute Autorité de Santé)
  • Le frottis avant 25 ans…

La non-application de la loi Kouchner sur le consentement libre et éclairé

  • Tout acte ou examen médical (épisiotomie, toucher vaginal…) pratiqué sans le consentement de la patiente (et sans information suffisante sur les alternatives ou effets secondaires possibles) 
  • Le mépris de la douleur (révision utérine sans anesthésie, forceps…)
  • Le non-respect du projet de naissance

La réalisation d'actes médicaux non nécessaires

  •  Le « point du mari » (point de suture supplémentaire réalisé après une épisiotomie pour resserrer l’entrée du vagin)…

Gif de Lucile Gomez, illustratrice et auteure de « La naissance en BD »

Dénoncer une violence obstétricale ou gynécologique

Comment reconnaître ces violences ?

Reconnaître une violence obstétricale ou gynécologique n’est pas toujours évident : gestes banalisés, paroles à double tranchant, « consentement » imposé… La limite est parfois mince entre « l’acceptable » et le mot posé de « violence ». Le même acte, la même phrase pourront être rapidement balayés par certaines mamans, ou devenir un réel traumatisme pour d’autres. Voici quelques questions pour vous aider à reconnaître ces violences :

  • Est-ce que mes demandes ont été entendues et respectées ?
  • Me suis-je, au contraire, sentie infantilisée, rabaissée ou jugée dans mes choix ?
  • Est-ce que j’étais consentante et informée pour cet acte ?
  • Ou l’acte a-t-il été imposé, pratiqué sans mon accord ?
  •  La douleur que j’exprimais a-t-elle été prise en compte?
  • Ou a-t-elle été minimisée, tournée en dérision ?
  • Est-ce que j’ai bien vécu mon accouchement ?
  • Ou est-ce que j’en garde « des traces » qui impactent mon quotidien : dépression, douleurs, peur d’avoir un autre enfant, impact sur la sexualité, stress post-traumatique ?

"Pour déterminer si une situation relève de la violence obstétricale, je propose un truc très simple : transposer un acte qui a lieu dans une salle d’accouchement en dehors du contexte hospitalier. Si, dans la vie quotidienne, cet acte présente une forme de violence, il s’agit de violence obstétricale lorsqu’il est posé au moment d’un accouchement.Forcer une personne à se maintenir dans une position inconfortable et douloureuse est de la violence. Donc imposer l’immobilité et la position gynécologique à une parturiente est une violence obstétricale."

Que faire en cas de violence ?

La 1e question à se poser est : « De quoi ai-je besoin ? »
En fonction du besoin identifié, la démarche à réaliser sera différente.

  • Vous pouvez, par exemple, écrire votre récit de naissance
  • Vous pouvez rencontrer l’équipe soignante
  • Vous pouvez demander votre dossier médical et vous le faire expliquer
  • Vous pouvez contacter une association
  • Vous pouvez échanger sur des groupes spécialisés ou des groupes de parole
  •  Vous pouvez contacter une association, la Pmi de votre ville, ou un spécialiste (thérapeute, psychologue)
  • Des mamans ont ressenti un effet positif avec des techniques telles que  l’EFT, l’hypnose, l’EMDR, l’ICV
  • Vous pouvez écrire au directeur, saisir le médiateur, contacter les représentants d’usagers
  •  Vous pouvez adresser une réclamation à l’ARS (Agence Régionale de Santé)
  • Vous pouvez saisir le conseil de l’ordre (des médecins / des gynécologues / des sage-femmes…)
  • Vous pouvez saisir le défenseur des droits
  • Faites-vous accompagner car cette démarche peut être éprouvante et complexe
  •  Vous pouvez saisir la Commission de Conciliation et d’Indemnisation

Pour en savoir plus, téléchargez le guide du CIANE « Quels recours pour aller plus loin ».
Pour les familles belges, vous pouvez consulter la page « Sos violence : que faire ? » de la Plateforme citoyenne pour une naissance respectée.
Et n’hésitez surtout pas à vous faire accompagnée par une association ou un.e avocat.e.

Merci de demander avant de nous toucher, un visuel de Stop Vog

Post instagram @stopvogfr

Un post instagram du compte Balance Ton Utérus sur les violences obstétricales

Post instagram @balancetonuterus

Où trouver du soutien : les associations et organismes qui peuvent aider

Stop VOG

Le collectif féministe Stop VOG milite pour le respect de la loi Kouchner (« consentement libre et éclairé »), une information des patientes concernant leurs droits et les choix qui s’offrent à elles tout au long de leur suivi gynécologique, et le respect de la physiologie de l’accouchement (en accord avec le choix individuel de chaque femme). Il propose diverses actions pour faire bouger les choses (marches, pétitions, formations pour les professionnels de santé, information via les réseaux sociaux…). Le collectif a également créé une carte interactive qui répertorie des témoignages de VOG.

Collectif Interassociatif autour de la naissance (CIANE)

Le CIANE regroupe plusieurs associations françaises (de parents et d’usagers de la santé) « concernées par les questions relatives à la grossesse, à la naissance et aux premiers jours de la vie. » Il défend le respect de la femme, de son corps et de sa liberté de choix ; le respect des parents, du nouveau-né et de leurs droits ; une information complète et loyale sur les choix qui se présentent aux parents. Le CIANE propose un accompagnement associatif,  un guide en téléchargement pour connaître les recours possibles, une permanence téléphonique, et une carte interactive des associations membres du CIANE.

La plateforme citoyenne pour une naissance respectée (Belgique)

La Plateforme citoyenne est un collectif constituée de mamans, de professionnels de santé et d’associations qui oeuvrent pour le droit des femmes à choisir leur accouchement et à en être pleinement actrices. Elle oeuvre pour l’information via de courtes vidéos, des campagnes médiatiques et l’organisation d’événements.

Des court-métrages pour lever le tabou

Afin de dénoncer les violences obstétricales et gynécologiques, l’association féministe La Maison des Femmes et le CEGORIF (Cercle d’Etude des Gynécologues Obstétriciens de la Région Ile-de-France) se sont associés au réalisateur Nils Tavernier pour créer un série de trois courts-métrages. La mini-série, très justement intitulée « Si on s’écoutait ? », a pour objectif de rétablir la communication et d’ouvrir le dialogue entre patientes et personnel soignant. 

"Allez, vous en ferez un autre !"

Des saignements à 3 mois de grossesse, des heures à patienter en salle d’attente sans la moindre explication, quelques reproches, et finalement… l’annonce ! Technique, sans empathie, par un médecin désensibilisé et épuisé. Puis une phrase mal amenée, pleine de banalité… « Des fausses couches, on en voit tous les jours. Vous allez en refaire un autre . »

"Mais c'est pour votre bien !"

C’est l’histoire d’une future maman (et de son accouchement) qui expérimente l’incompréhension, le manque d’écoute et d’informations par sa sage-femme : reproches sur la prise de poids, remise en question du projet de naissance souhaité, minimisation de la douleur, péridurale quasi imposée (car on ne sait pas si l’anésthésiste sera encore disponible plus tard…), remarques désobligeantes et professionnels de santé sous tension et déshumanisés… « mais c’est pour votre bien ! »

Des témoignages pour se sentir moins seule (ça n'arrive pas qu'aux autres)

Le témoignage de Marine, créatrice de la page instagram @balancetonuterus

Pour poursuivre la réflexion

  • Le film d’Ovidie : Tu enfanteras dans la douleur
  • Le podcast Le quatrième trimestre n°25 : Violences gynécologiques et obstétricales : les connaître pour les dénoncer et les combattre
  • Le recueil de témoignages de Marine Gabriel : La vérité au bout des lèvres : combattre les violences obstétriques et gynécologiques
  • Le livre militant et documenté de Marie-Hélène Lahaye (juriste de formation) : Accouchement – Les femmes méritent mieux
  • Et son blog d’explorations politiques et féministes autour de la naissance : Marie accouche là
  • La BD de Rachel Lev : Mon vagin, mon gynéco et moi (en finir avec les violences gynécologiques et obstétricales)

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Un commentaire

  1. Il y a 34 ans notre premier enfant est né dans une maternité qui se targue aujourd’hui encore d’appliquer des préceptes d’accouchement « naturel » et « sans douleur ». Ce qui fait que le jour de l’accouchement, alors que mon épouse criait sa douleur et réclamait une péridurale dont on lui avait dit qu’elle serait possible, il fut d’abord « trop tôt » pour la réaliser, puis « trop tard », sans passer par la case « c’est maintenant ». Nous étions jeunes et avions fait confiance aux personnes qui nous avaient recommandé cette maternité, pour nos deux enfants suivants nous en avons choisi une qui pratiquait la péridurale.

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